La
sardine du cannibale
« Aujourd’hui, j’ai obtenu un titre de séjour, renouvelable tous les ans. J’ai un emploi qui me plait bien. Je suis vice président du conseil de quartier Montmartre (…)
Je me suis battu pour en arriver là, mais j’ai surtout eu la chance de croiser des gens bien qui m’ont fait confiance et soutenu. Sans eux, je ne pense pas que je serais arrivé là seul.
Mes amis sont désormais ici et mon avenir aussi.
Mon combat, désormais, sera politique. Pour avoir vécu toutes ces expériences injustes et injustifiées, je me dois de me battre pour ces centaines de milliers de personnes sans voix, dans l’ombre pour que justice se fasse. »
Majid
Bâ est né en 1972 au Sénégal. Après des études de droit à
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il devient représentant
d'une grande firme étrangère de spiritueux. Emploi dont il
démissionne sous la pression de sa famille, musulmane très
pratiquante.
Il va alors connaître le chômage qui le contraint en 2002, à faire le grand saut.
Il choisit la France. Le pays des Lumières. Mais pour Majid, très rapidement, celui de l’exploitation, des brimades et des humiliations puis du déclassement, de la marginalisation et de la misère.
Reste que même à terre, Majid comme Magic le frère de désespoir et de faim qu’il s’est inventé, ne lâchent pas.
Il est régularisé en 2009 et aujourd'hui, il est assistant d'éducation dans un lycée de Seine Saint Denis.
« La sardine du cannibale » est son histoire. Le journal de bord du combat quotidien d’un sans-papier. Un récit en forme de cri de souffrance et d’espoir. A vocation universelle. Un témoignage qui nous renvoie à un pays, le nôtre ; une société désormais régie par la seule loi du marché et de la concurrence et à notre propre responsabilité à refuser cette soumission et ré-ouvrir les chemins de la liberté et de l’espoir.
La préface
La préface est signée par Pierre Sané, Ancien Secrétaire Général d’Amnesty International, Ancien sous Directeur Général de l’UNESCO , Président de Imagine Africa Institute.
En voilà un extrait.
Majid, jeune professionnel sénégalais de 38 ans, que j’ai bien connu a Dakar dans sa jeunesse vit, dans son pays les contraintes de la majorité des citoyens de son âge : chômage endémique, impossibilité de fonder un foyer, incapacité à venir en aide à sa famille et surtout à sa mère.
La solution ?
Aller trouver un travail ailleurs et surtout là où il y en a, à savoir en Europe. Mais,voilà, même si Majid peut exercer son droit à quitter son pays, tel que garanti dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de1948 ( Art 13.2) ce droit n’est pas entièrement réalisable car la liberté de circuler se heurte au droit souverain des Etats de refouler les migrants internationaux.
Alors, que faire lorsqu’ un droit de « nécessité », un droit de « détresse », un droit de « survie » se heurte à la loi souveraine ?
On ruse, on contourne, ou on prend des risques mortels pour passer les barrières et on devient « sans papiers ».
« Sans papiers » comme Magic, le double de Majid comme si Majid souffrait d’un trouble dissociatif de l’identité, dans les pages qui nous décrivent de manière poignante mais toujours digne le quotidien du « sans papiers ». Sans logement légal parce que « sans papier », sans travail légal parce que sans logement, sans compte bancaire parce que sans travail, etc. Magic vit dans les marges de la société française, enfermé dans la précarité du « au noir » qu’il s’agisse de travail, de logement, des papiers…
Dans les allers-retours entre Magic le « sans papier » qui a tout perdu, jusqu’à son prénom et Majid qui rêvait d’Europe et s’émerveille de Paris, de ses immeubles et avenues scintillantes, l’auteur nous fait vivre au quotidien la lutte contre la dépersonnalisation du sans papier.